Oradour, un village martyr figé dans le drame

Publié le par Jérôme Voyageur

Oradour, un village martyr figé dans le drame
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18 juillet 2003

 

Depuis longtemps déjà, dès que j'en ai l'occasion, j'essaie de me rendre sur ces lieux de mémoire qui rappellent les tragiques moments de la dernière guerre. Pour beaucoup, j'en avais entendu parler longuement par le biais de reportages, de documentaires ou de films, ou encore au travers des livres d'histoire. Mais rien ne remplacera jamais un déplacement sur les lieux pour vraiment graver ces tristes souvenirs et ne jamais les oublier. C'est ainsi qu'après être passé de nombreuses fois devant le panneau indiquant le site d'Oradour-sur-Glane à la prochaine sortie d'autoroute, j'ai fini ,un jour de juillet 2003 où j'avais du temps devant moi, par suivre ces panneaux indicateurs à la sortie de Limoges.

Après une vingtaine de kilomètres dans la campagne limousine, excellemment guidé par les panneaux dédiés à ce lieu, on parvient enfin aux villages d'Oradour. Un pluriel car désormais il existe deux villages depuis cette journée funeste du 10 juin 1944. En arrière-plan on aperçoit le clocher et les toits du village nouveau, mais le visiteur est guidé vers le Centre de la Mémoire installé depuis 1999 à l'entrée du village. Ce lieu moderne, fait de béton est comme enterré dans le sol. Il accueille les visiteurs du village et propose en plus une exposition permanente Au travers de divers espaces, celle-ci retrace le contexte de la guerre puis les événements de 1944 et leurs suites. Un long tunnel sombre conduit vers la lumière du jour mais aussi en plein silence.

En effet, ce tunnel conduit aux abords du vieux village. Hormis quelques rares chants d'oiseaux, le visiteur est de suite marqué par cette absence de son. Un silence pesant qui crée une atmosphère très particulière de recueillement. Il y a malheureusement quelques énergumènes irrespectueux qui font néanmoins du bruit.

On entre dans un village où pousse encore la végétation. En revanche, les pans de murs sont souvent éventrés voir écroulés. Dans la première cour sur la droite, apparaît la première du longue série de plaques gravées qui rappellent ce qui s'est passé ça et là. Ici, un puits dans lequel furent précipités certains villageois. Quelques pas plus loin, on rejoint ce qui était la rue principale. D'autres plaques rappellent qui habitait là, quel commerce se tenait ici. La vie semble s'être figée. Des objets de la vie courante sont encore là ; ceux en métal ont rouillé sur place, comme par exemple ces machines à coudre anciennes ou encore ces sommiers, ou encore cette Traction abandonnée sur la place du village. En suivant sur la gauche l'ancienne voie ferrée du tramway qui possède encore ses pylônes et son câble d'alimentation, on peut rejoindre le bureau de poste, qui a conservé intact ses murs.

En redescendant vers la place, on rejoint ce qu'il reste de l'église. Elle non plus n'a pas échappé la destruction. Il n'en subsiste que les hauts murs ainsi que la cloche qui a fondu sous les effets du brasier. Il y a de quoi avoir le sang glacé en parcourant les rues de ce village, voir même la chair de poule. De l'autre côté de la place, derrière les haies, se trouve un cimetière où un monument rappelle le souvenir de toutes les victimes.

Mais comment en est on arrivé là quelques jours seulement après le débarquement en Normandie qui allait contribuer à libérer la France ? La division SS Das Reich remontait vers le front normand, constamment harcelée par la résistance. La veille, soit le 9 juin 1944, une centaine d'hommes étaient pendus dans Tulle pourtant libérée par la résistance. A Oradour, la population est rassemblée sur la place du village, puis séparée, les femmes d'un côté, les hommes de l'autre. Ces derniers sont emmenés par petits groupes dans les granges et appentis du villages où ils sont sommairement abattus avant d'être brûlés parfois vifs. Les femmes et les enfants sont regroupés dans la nef de l'église ; les allemands y placent des explosifs qui embrasent les lieux. Une seule femme survit en sautant d'un des vitraux du chœur.

326 bâtiments incendiés sont parvenus jusqu'à nous. Mais c'est 642 personnes qui ont péri dans ce massacre. Seulement six personnes en ont réchappé, une dans l'église et cinq hommes dans la grange Laudy. Dès la fin de la guerre, le général de Gaulle décidera que le village ne serait pas reconstruit mais deviendrait un mémorial consacré à la douleur de la France et des français sous l'occupation.

Je vous invite fortement, si l'occasion se présente de passer par Oradaour. Le site est ouvert tous les jours de 9h à 17 ou 19h selon les périodes de l'année. L'accès au village se fait gratuitement en passant par le centre de mémoire.

Un site internet permet de préparer la visite et de se souvenir : www.oradour.org

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Publié dans Carnet de voyage, Europe, France

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