Une découverte architecturale pleine de sel

Publié le par Jérôme Voyageur

L'entrée de la saline dissimulant la grotte
L'entrée de la saline dissimulant la grotte

Arc-et-Senans, Août 2002

Ou quand une visite imprévue permet la découverte d'un endroit exceptionnel trop méconnu du grand public. Moi-même je n'en avais jamais entendu parler avant de me rendre dans la région et d'ouvrir un guide touristique local.

Ce petit village n'abrite rien de moins qu'une saline royale, nommée depuis au patrimoine mondial de l'Unesco, un gage d'importance patrimoniale. Sa construction remonte au 18ème siècle, date à laquelle Louis XV mandate Charles-Nicolas Ledoux, commissaire aux salines de Lorraine et de Franche-Comté, de développer la production du sel dans cette région de France, d'autant plus que la gabelle, impôt sur le sel, rapportait beaucoup à l'état. La présence d'un gisement de sel à Salins-les-Bains conduira au choix de ce lieu. Il faudra même l'édification d'un saumoduc d'une vingtaine de kilomètres (non il n'y a pas de saumon dans cette histoire!) pour acheminer la saumure jusqu'à la saline où se fera l'extraction du sel jusqu'en 1895.

Dès l'approche du site, à peine descendu de son véhicule sur le parking voisin, le visiteur découvre un ensemble de bâtiments qui semble complet. C'est aussi ce qui fait tout l'importance d'Arc-et-Senans : elle a traversé les âges en restant intacte, ce qui rend la visite encore plus agréable et instructive. Elle est d'ailleurs unique au monde.

Une double ceinture d'arbres entoure le complexe. Celle-ci se suspend au centre pour laisser place aux pelouses et à l'allée d'accès. On rejoint ainsi un bâtiment tout en symétrie, deux ailes flanquant une sorte de tour carrée centrale. On constate aussi que les murs sont légèrement incurvés vers l'intérieur de l'ensemble. Il faut passer sous un portique à six colonnes avant de s'avancer vers une grotte factice, amas de gros blocs de pierre brute, qui semble aspirer le visiteur. Au loin se dresse un bâtiment percé d'un oeil de boeuf juste sous les toits. Une fois récupéré les billets à l'intérieur, on se retrouve enfin au coeur de la saline.

Et là, surprise, tout est harmonie, tout est symétrie. Le bâtiment d'accueil se reproduit à quatre autres exemplaires identiques, deux de chaque côté, formant ainsi un parfait demi-cercle. Une large allée de couleur claire les longe sur tout le pourtour tandis qu'une seconde relie l'accueil au centre du complexe. Le reste de l'espace est constitué de deux grandes pelouses.

Au centre de la saline se trouve la maison du directeur, en forme de croix. De par sa fonction, elle en impose avec ses trois niveaux. Elle présente un fronton triangulaire rappelant les temples antiques, reposant sur six colonnes pour le moins étonnantes. Elles sont constituées d'une alternance de disques et de carrés, ce qui leur confère leur aspect unique. Les différentes pièces servent de musée du sel.

De part et d'autre s'étirent deux longs bâtiments dont les murs font un seul niveau de haut tandis que la hauteur sous toit est bien plus importante. Il s'agit des bernes, là où se récolter effectivement le sel. On retrouve là aussi des frontons antiques mais les colonnes sont remplacées par trois arches plus "contemporaines".

Pour les colonnes, il faut rejoindre l'extrémité des bernes : à chaque bout s'élèvent les bâtiments des gardes qui rappellent un peu la maison du directeur. Si on s'éloigne du centre du complexe, on découvre la présence de plusieurs jardins.

C'est peut être un manque mais la saline ne contient plus vraiment de restes illustrant la technique d'extraction du sel, sûrement les conséquences des pillages postérieurs à sa fermeture et de l'incendie de 1918. La plupart des bâtiments servent soit aux expositions permanentes qui illustrent l'histoire des lieux, soit des expositions temporaires. Celle consacré à l'inventeur des lieux permet de découvrir qu'il était plus que le responsable de la manufacture royale. Il avait aussi des idées très avancées de la ville idéale. C'est ce qui explique cette architecture aussi parfaite et régulière. On parle de ville utopique. Le bâtiment qui abrite le musée Ledoux propose à travers une soixantaine de maquettes la vision qu'avait l'architecte de cette utopie. Certaines furent réalisées, d'autres restèrent ... des utopies.

C'est assurément une visite que je recommande à quiconque passerait dans la région. Un détour est largement mérité.

Il est bien dommage qu'on ne puisse pas voir l'ensemble depuis le ciel, c'est bien de là qu'on prend conscience de la perfection architecturale. Ou alors il faut faire confiance à google maps:

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Une découverte architecturale pleine de selUne découverte architecturale pleine de selUne découverte architecturale pleine de sel
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Détails de l'entrée et de la grotteDétails de l'entrée et de la grotte
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Détails de l'entrée et de la grotte

Publié dans France

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