Dans les pas des Cathares (11)
Narbonne, 2 Mai 2019
Dernière journée en terre cathare, cette fois consacrée au nord de l'Aude, avec un premier détour pas le département voisin de l'Hérault. Je commence donc pas le village de Minerve. J'avais gardé un bon souvenir d'une rapide visite il y a plus de vingt ans. Ce circuit était l'occasion d'y retourner et de mieux en profiter. Outre le fait d'être la capitale du Minervois, un vignoble important de la région, et un des plus beaux villages de France (ce titre vaut ce qu'il vaut), la cité trouvait inévitablement sa place dans mon parcours. Elle vit le premier bûcher de la croisade des Albigeois en 1210 : cent quarante "parfaits" y furent brûlés vifs malgré la reddition de la place après cinq semaines de siège et la promesse d'épargner la population. Un stèle toute simple en pierre brute rappelle cette tragique date juste à côté de l'église (proximité amusante quand on se souvient que cette croisade avait été exigée par Rome la catholique ...).
Outre son histoire, Minerve est construite dans un cadre unique, perchée sur un éperon rocheux, à la confluence des ruisseaux de la Cesse et du Brian, chacun ayant formé un véritable canyon. Inutile d'espérer entrer dans le village avec votre véhicule. Il faut le dépasser et suivre les indications menant jusqu'à un grand parking payant sur les hauteurs. Cet emplacement mérite l'avantage d'offrir une sorte de belvédère qui permet d'appréhender l'ensemble du site. Il ne reste qu'à descendre à pied, tout en descente pendant moins de dix minutes. Par cet accès, la première chose qui tape dans l'oeil et cette construction de pierre tout en verticalité, vestige du château disparu et sorte de figure de proue, qui a naturellement été baptisée "candela". De fait, elle constitue le point le plus haut de Minerve. J'apprécie particulièrement de parcourir ces ruelles bordées de maisons toutes en pierres sèches, offrant un cachet vraiment médiéval et préservé.
A l'opposé de la candela, un chemin descend vers les remparts. Depuis la terrasse, on distingue parfaitement la réplique de la Malvoisine sur la falaise opposée, un rappel des trébuchets utilisés lors du siège. De là un escalier métallique permet de descendre jusqu'au lit asséché du Brian. En s'avançant vers l'aval, on finit par obtenir suffisamment de recul pour prendre une photo d'ensemble du village suspendu au-dessus de la confluence. Il faut juste faire bien attention en marchant sur les innombrables galets. En s'avançant vers le Cesse, tout aussi asséché, on s'approche du pont de pierre ainsi que du pont naturel, sorte de large tunnel qui traversait sous la falaise. J'avais le souvenir d'un cours d'eau qui passait là ainsi que la possibilité de traverser par là. J'ai comme l'impression que les différentes crues ont largement ensablé ce passage.
Pour remonter dans le village, il est possible d'emprunter la rampe qui mène jusqu'à la poterne sud. Ce passage de parcourir de nouvelles ruelles et de rejoindre plus facilement le pont. En le traversant, on peut rejoindre l'autre rive et bénéficier d'un autre point de vue sur Minerve. Il ne reste qu'à rebrousse chemin pour retrouver la candela puis remonter jusqu'au parking. Quelques centaines de mètres après l'avoir quitté, on bénéficie d'un nouveau point de vue, la route étant assez large pour s'y arrêter sans risque.
Après cette mise à bouche, j'ai poursuivi ma route jusqu'à l'abbaye de Caune-Minervois que j'avais repérée sur le site de promotion du pays cathare. C'est à partir de là que j'ai commencé à me rendre compte que le nord du département de l'Aude était bien moins efficace en terme de signalétique. Avant les villes et villages, les sites historiques sont parfaitement fléchés, mais une fois arrivé dans les centre-ville, il faut se débrouiller et faire preuve d'intuition pour dénicher son but. C'est assez amusant comme concept! On finit par y arriver, avec plus ou moins de temps.
D'obédience bénédictine, cet édifice étonne par sa longue histoire. L'église est un "empilement" ou plutôt une juxtaposition de styles qui témoignent des différentes époques. Dans la nef, on peut observer pas moins de quatre siècles différents alors qu'elle n'est pourtant pas d'une dimension énorme. En descendant sous le choeur, on remonte encore de trois cent ans en arrière: il ne reste certes qu'un bout de mur. De retour au niveau du sol, c'est carrément au dix huitième siècle qu'on est transporté en parcourant le cloître. Il en résulte néanmoins une apparence un peu fade et austère.
Néanmoins la renommée du site se trouve à l'extérieur. Il faut sortir à l'arrière de l'église pour découvrir son chevet roman encadré de ses deux clochers. C'est l'image qu'on peut retrouver sur toutes les cartes postales et ouvrages "touristiques". Sa construction du onzième siècle illustre le premier art roman.
Par contre, j'ai trouvé un peu bizarre d'utiliser les salles annexes de l'abbaye, même si elles ne présentent pas d'attrait historique particulier, pour une exposition consacrée à Spirou. Cela fait "too much", surtout avec de grandes silhouettes colorées dans le cloître. Je peux comprendre que cela permet d'amener un public différent mais tout de même, un peu plus de discrétion ne serait pas plus mal.